Deux jours en alpinisme facile au refuge Torino – Glacier du Géant (massif du Mont-Blanc)

Retour d’expérience sur une sortie entre glace, roche et apprentissage en haute montagne

Petit retour à chaud (ou presque) de ces 2 jours passés en altitude dans le massif du Mont-Blanc, secteur refuge Torino et glacier du Géant.

Les crampons et le piolet ont eu le temps de prendre la poussière car l’été dernier tous s’est passé sur le rocher. Spoiler : je préfère officiellement le caillou à la neige 🤭


🏔️ Montée au refuge Torino en Italie (Courmayeur – Skyway Monte Bianco)

Direction l’Italie avec ma binôme de cordée. Après quelques petits problèmes au péage que l’on préfèrera oublier 💸💸💸, nous arrivons à Courmayeur. C’est ici que nous prenons le télécabine pour monter au refuge Torino. Une petite ascension rapide et sans effort jusqu’à 3400 m d’altitude.


❄️ Première course sur le glacier du Géant : Traversée Vierge – Petit Flambeau

On pose quelques affaires au refuge et nous voilà prêtes à mettre pied sur le glacier pour la première course du jour, « facile », on a lu le topo maaaaais il faut avouer que nous sommes partis bien confiantes. On se dit même que l’on aura le temps pour enchaîner sur un autre petit sommet sans prétention.

On s’encorde, on fait nos petits noeuds de freinage et nous voilà parties en direction du col des flambeaux. Les câbles du téléphériques sont au dessus de nos têtes mais ils sont vite derrière nous et alors le paysage grandiose du massif du Mont Blanc s’offre à nous. Les télécabines Panoramic apportent un petit brin de couleur dans cet univers de blanc et de roc. Nous sommes entourées de tout ces sommets mythiques et même si nous commençons à être « habituées », on ne s’en lasse clairement jamais.


🧗 Sommet de la Vierge : randonnée glaciaire et terrain mixte roche/glace

Nous voilà arrivées, petite pause photo, on enlève les crampons et part pour aller au sommet de la (grande, pour nous) Vierge en aller-retour. Un petit tas de caillou sans prétention mais qui nous aura occupé plus de 3 heures. C’est simple, il nous en faut peu pour nous occuper un moment.

On ne va pas se mentir, nous sommes rouillées. L’escalade et le terrain montagne sont bien deux choses différentes et bien que nous avons gagné en efficacité sur certaines choses, ça n’est pas évident de se retrouver dans ce milieu de haute montagne sans back up.


🪢 Gestion de corde en alpinisme et progression en corde tendue

À trop vouloir sécuriser notre progression, avec quelques erreurs dans la gestion de notre corde, nous perdons pas mal de temps … Le retour depuis le sommet se fait ensuite beaucoup plus rapidement car nosu décidons d’évoluer en corde temps (c’est à dire simultanément avec quelques protections entre nous). Nous hésitons à continuer la traversée jusqu’au Petit Flambeau ou bien à retourner au refuge par le glacier … Bon allez, il n’est pas si tard, la météo est idéale, on y va !


⛰️ Traversée vers le Petit Flambeau – itinéraire d’arête en haute montagne

Les gestes devienent plus fluides, nous privilégions la corde tendue encore une fois car le terrain n’est vraiment pas compliqué. La dernière petite pente de neige m’aura vallu quelques gouttes de sueurs sur le front, c’est Lucie qui donne la cadence et ça ne traine pas. La vue depuis le sommet est vraiment superbe et n’étant vraiment pas loin du refuge on en profite pour ressortir l’appareil photo une dernière fois … Pas de chance, je l’ai laissé allumé toute la journée sans faire exprès, la batterie est HS !


🏔️ Nuit au refuge Torino – vie en refuge et ambiance Mont-Blanc

Le refuge est bien blindé ce soir. Nous sommes parmi les rares cordées de femme, si ce n’est la seule avec un groupe 100% féminin en stage. Alors même si nous sommes lentes, même si on a envie de pleurer parfois, il faut bien dire que nous sommes fières de prendre un peu de place ici.

Après un repas de cantine scolaire que l’on aura dévoré jusqu’à la dernière pates, on profite des couleurs dorées pour admirer le paysage. Les sommets me fascinent et la Dent du Géant sort complètement du lot depuis la terrasse du refuge … Si esthétique et aussi un petit peu effrayante par sa verticalité !


🌙 Alpinisme au Mont-Blanc : réveil à 5h50 et glacier du Géant

Nous nous couchons assez tôt avec l’espoir de passer une bonne nuit. Le refuge Torino aura pour lui sa localisation mais un petit changement dans les lits superposés ne seraient pas de trop. Tremblement de terre nocture garantie si ton voisin de lit a le sommeil agité XD

Réveil à 5h50, ce qui s’apparenterait presque à une grasse matinée en alpinisme. On me souffle à l’oreille « si jamais tu changes d’avis, la première benne est à 8H ». Ça en dit long sur la qualité de notre nuit. Petit déjeuner frugale et nous repartons encordées sur le glacier. Le régel est bon et c’est tout simplement le kiffe ultime de marcher en direction du Col de Rochefort. Tant de calme et de beauté là haut, on savoure ces moments de plénitude, l’esprit peut vagabonder avant de prendre pied sur l’arête.


🧗Traversée des Marbrées Classique : escalade en crampons et gestion du mental en alpinisme

À partir de maintenant, les choses sérieuses recommencent. Nous privilgierons la corde tendue jusqu’aux passages les plus grimpants et les plus exposés. A peine mises dans le bain, le premier petit ressaut raide de la course arrive. Grimper en crampons c’est une autre histoire, il faut réussir à prendre confiance en posant parfois juste une quelques pointes.

Petit temps calme nécessaire pour ma binôme, je repasse donc en tête pour ce petit passage grimpant. Je suis aussi un peu fatiguée et j’avoue que je ne pars pas avec mon maximum de confiance. Les coinceurs sont alors mes meilleurs amis. Moi qui commençait à apprivoiser ma peur en escalade, je la sens revenir à grand pas. Peur de tomber, peur de ne pas être au bon endroit, peur quoi.


🧠 Gestion de la peur et progression en cordée autonome

Ma voix est plus tremblante mais une chance je me fais guider par Lucie. Ici on parle d’un passage qui mesure même pas 10m, mais croyez moi, j’ai eu ma dose de sensation forte. J’arrive à une jolie terrasse, je crée mon relais sur un rocher et j’assure la copine avec la papate tremblante. Que d’émotion.

Lucie prend la relève en tête un bon moment, le temps que je me remette sur pied. Nous alternons alors notre progression pour se laisser du repos mutuel, pour prendre quelques photos et savourer avec un peu moins de pression.


⛰️ Aiguille des Marbrées : itinéraire d’arête et cordées en haute montagne

Nous voyons alors le sommet nord de l’Aiguille Marbrées. Il semble si proche et pourtant si loin. On hésite. On se dit que tant pis, on reviendra, ça n’est pas la journée pour se mettre terreur. Bon, nous laissons alors passer une cordée.

Ça n’a pas l’air bien compliqué quand on les voit faire. Allez, la motivation revient, on y est presque, on y va. Et on a vraiment bien fait, car ce n’était pas difficile du tout.

Cette petite pause nous aura valu de nous faire rattraper par les cordées derrière nous. Pas très sympathiques, nous sommes encore à deux doigts de nous faire marcher dessus.

Mais aujourd’hui, pas question de se laisser faire (trop vite), on continue d’avancer sur l’arête jusqu’à ce que la pression derrière devienne trop intense.

Le temps se couvre mais nous arrivons à la brèche où nous devons reprendre pied sur le glacier. Il y a la queue… On attend alors une petite heure pour retourner au refuge et boucler ce beau week-end sur le glacier du Géant.


🏔️ Retour d’expérience : alpinisme en autonomie et apprentissage en montagne

Partir en montagne à deux en ayant le même niveau ou presque, en ayant les mêmes bases de sécurité et progression n’est pas une simple affaire. Alors que pendant les stages, nous pouvons nous appuyer sur les bons conseils des guides, ici nous nous retrouvons seules alors tout est plus lent.

Apprendre prend du temps, et cela prend encore plus de temps quand on veut faire les choses en privilégiant notre sécurité et en trimballant avec nous nos craintes et nos peurs. Mais step by step.

Et puis en prenant du recul, je me dis que c’est déjà incroyable d’être ici seules. Le sentiment de satisfaction, de liberté et d’indépendance est énorme.

⚠️ Quelques mots avant de vous lancer

L’alpinisme est une activité qui comporte des risques objectifs (chutes, crevasses, météo, chutes de pierres, etc.) et qui nécessite des compétences techniques ainsi qu’une bonne capacité à évaluer les conditions du terrain.

Ce récit partage simplement mon expérience personnelle. Il ne remplace en aucun cas une formation ou l’apprentissage auprès de professionnels.

Si tu souhaites découvrir l’alpinisme, je te recommande vivement de te faire accompagner par un(e) guide de haute montagne ou de participer à des stages encadrés afin d’acquérir progressivement les bases techniques et les bons réflexes de sécurité.

Prendre le temps d’apprendre, de progresser étape par étape et de connaître ses limites reste probablement la meilleure façon de profiter durablement de la montagne.

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