Voyager seule : pourquoi je ne suis pas allée au bout de cette traversée de l’Islande a pied

Faire une traversée de l’Islande du Nord – Sud seule et à pied … Quand j’y pense, je me dis qu’il aurait peut-être fallu réfléchir à quelques choses de moins grand. 

 

Après de longues heures de lectures, recherches, planification je pensais être prête à affronter ce challenge.

 

La Patagonie, la Nouvelle Zélande ou encore l’Alaska sont des territoires bien connus pour leur météo capricieuse. Et pourtant, je crois avoir été chanceuse car je n’ai jamais été aussi surprise qu’en Islande en seulement deux semaines.

 

Je vais donc vous raconter cette aventure légèrement rocambolesque. Cet article est donc le témoignage de mon voyage ou pourquoi j’ai préféré abandonné cette traversée. 

traversée islande nord sud
Mon itinéraire prévu (je suis finalement partie de Myvatn et non de la pointe nord)

La traversée de l’Islande de Myvatn à Skogar, première journée

Partir en Islande sans prendre l’avion

Tout a commencé avec un long trajet en bus jusqu’au Danemark où le ferry m’attendait pour deux jours de navigation dans les eaux nordiques. Trop de houle pour moi, je n’ai pas profité des buffets à volonté ou de la piscine, je suis surtout restée allongée à dormir pour éviter un vomissement de plus.

 

Je fais tout de même la rencontre de Gwen, un breton très sympa qui vient passer quelques semaines de vacances en Islande et aux Îles Féroé. Il n’a pas de plan et me propose de me déposer où bon me semble pour le départ de mon aventure.

 

L’Islande m’accueille avec un beau soleil et j’aperçois ses beaux paysages. Après avoir posé le pied sur la terre ferme, je m’aperçois que j’ai le mal de terre. Cela me rappelle notre traversée des fjords Patagoniens il y a maintenant plus de 3 ans.

 

Ma première interaction avec le peuple islandais fut à la douane. En voiture avec Gwen, la dame nous demande quand est ce que nous repartons. Nos réponses ne concordent pas, on doit sembler étranges alors nous voilà sélectionnés pour une fouille aléatoire.

 

Finalement cela ne dure pas et nous prenons la route en direction de Myvatn. Silencieuse et les yeux grands ouverts, j’observe ces paysages montagneux et désertiques. Ça y est, je suis bien là et je réalise un peu plus l’ampleur de cette aventure.

 

A force que nous avançons et prenons de l’altitude, les températures baissent. Le thermomètre indique 5 degrés, ça promet. Nous faisons quelques petites haltes, je sors de la voiture et de son confort. Le vent me transperce déjà, j’enfile ma doudoune.

 

Je ne savais pas alors qu’elle n’allait pas ou peu me quitter pendant deux semaines.

 

J’arrive sur les bords du lac de Myvatn en milieu d’après-midi. Bientôt je serai seule, alors je profite d’être en bonne compagnie pour manger mon premier repas lyophilisé : des pâtes au fromage et aux champignons.

Mes premiers pas le long du lac Myvatn en Islande synonyme du début d’un voyage en solo

J’ajuste ma tenue d’apprentis aventurière, j’enfile les guêtres et je mets mon sac sur le dos. Qu’il est lourd, il dépasse les 20 kilos et je me sens écrasée sous son poids. Mais peu importe, je suis heureuse et excitée de me lancer dans cette aventure.

 

Le ciel est chargé de nuages et il pleut par intermittence. Toutefois, les rayons du soleil percent quand je m’en vais. “Signe de bonne augure” suis-je en train de penser.

 

Pour cette première journée, je ne marque qu’une quinzaine de kilomètres dont la première partie le long de la route. Au loin, j’aperçois les formes d’un sommet que je surnomme l’Uluru Islandais.

 

C’est plat et plutôt monotone, je longe quelques fermes où des moutons se retournent intrigués par ma présence. Ils sont si mignons avec leur laine bouclée et leur petite tête toute fine. Alors qu’en Nouvelle Zélande, les moutons avaient de l’herbe à profusion, les conditions en Islande sont bien plus rudes.

 

Après quelques heures de marche, je décide de m’arrêter pour installer ma tente. Depuis que j’ai quitté le lac, je n’ai pas vu de source d’eau, je vais donc faire des économies pour ce soir. Me voilà en train de monter ma tente dans ce désert de sable / cailloux noir. Il fait froid et à peine ai-je fini d’installer que la pluie fait son entrée. Elle ne cessera pas de la nuit.

La météo ne sera pas clémente pendant cette traversée de l’Islande à pied, deuxième jour

Je me réveille de bonne heure non pas à cause du soleil mais plutôt du froid. Mon matelas (que j’ai longuement hésité à changer) n’a pas un indice de chaleur très élevé si bien que quand les températures sont trop fraîches je ressens le froid venant du sol.

 

J’entrouvre la tente, le ciel est couvert et il tombe un mélange de pluie et de neige. La motivation est au plus bas, je me demande ce que je suis en train de faire ici. Une petite partie de moi est en train de se dire que la civilisation n’est pas loin et que je peux toujours faire demi-tour.

 

Je chasse vite cette idée de ma tête, je mange mon petit déjeuner et m’extirpe de mon sac de couchage aux alentours de 9h … Au moment de plier la tente, il se met à neiger. Me voilà prévenu, l’Islande ne va pas me faire de cadeau.

 

Je marche environ 30 kilomètres pour rejoindre le petit refuge de Botni. Quand j’ai commencé à planifier ce voyage, je n’avais pas prévu de m’arrêter dormir dans les refuges, pleine de bonne volonté je m’étais dit que je dormirai dans ma tente à côté du refuge peu importe la météo.

 

Il n’y a pas une âme qui vive dans ce désert. Parfois, au loin, je crois apercevoir une silhouette et ce n’est finalement qu’un rocher plus gros que les autres.

 

Pour mon plus grand bonheur, j’ai le vent dans le dos toute la journée si bien que je ne suis pas trop trempée par l’alternance de pluie et neige. Mes pauses ne dépassent pas les 5 minutes et je marche avec ma doudoune toute la journée car je sens que je refroidis très vite.

 

J’arrive à Botni, bien fatiguée. C’était long, plat, gris et mon sac me pèse. Je suis seule et je verse quelques larmes. Nul besoin de jouer les dures et j’ai besoin d’évacuer la pression. Je suis assez inquiète pour la suite car les prévisions météo ne sont pas vraiment engageantes, la vague de froid continue pour une durée indéterminée.

Troisième journée et la désillusion commence en islande

Me voilà motivée à bloc et pleine d’énergie après une bonne nuit de sommeil. La météo n’est toujours pas au beau fixe mais je pars vers 8h en me disant que je prendrai une pause déjeuner à la prochaine hut et poursuivrai ma journée de marche.

 

Je m’enfonce de plus en plus dans le Mordor Islandais. Je cherche les passages les moins tranchants dans ce champ de lave qui s’étend à perte de vue. Seules quelques petites fleurs violettes (silène acaule) apportent un peu de gaité à ce paysage sombre et peu accueillant.

 

Après quelques heures de marche, je regagne la F910 et le paysage change radicalement. Je quitte le champ de lave pour me retrouver sur un haut plateau désertique. Au loin, quelques sommets se dessinent timidement. Cette première coupure dans la monotonie me ravit et les montagnes font leur effet : j’ai le sourire aux lèvres instantanément.

 

J’arrive à capter quelques barres de signal téléphonique pour envoyer un audio à Thomas et je regarde à nouveau les prévisions météo : mauvaises. Je suis censée faire un détour par le volcan Askja mais ce ne sont que neige et froid au programme. Je me dis alors qu’il sera donc plus judicieux de traverser les Highlands en continuant de longer la F910.

 

Dyngjufell ou mon entrée dans les Highlands Islandaise lors de ma tentative de traversée nord – sud

 

Après 4 heures de marche, j’arrive au refuge Dyngjufell. Je me dirige alors vers la rivière pour remplir mon camel back car je n’ai pas trouvé d’eau en chemin. J’attaque la partie la plus difficile car la prochaine source d’eau fiable se trouve dans plus de 60 kilomètres. Ma surprise est donc assez grande quand je m’aperçois qu’il n’y a pas d’eau qui coule dans cette supposée rivière (je lirais plus tard que lorsqu’il fait trop froid dans le coin il n’y a pas d’eau).

 

Je marche alors dans le lit de la rivière et filtre l’eau des quelques flaques que je trouve. J’arrive tout de même à récolter 4 litres non sans difficulté. Je me dis que compte tenu de la pluie qui ne cesse de tomber, je trouverai toujours quelques flaques pour me ravitailler (mais le sable absorbe très vite l’eau).

 

Alors que je suis en train de manger mon petit sachet de pâtes aux fromages et champignons, le ciel se couvre et je me retrouve dans un épais brouillard. Cela semble se stabiliser et j’arrive quand même à voir 1 ou 2 poteaux en avance le long de la route. Cela me rappelle les Richmond sur le Te Araroa. Chargée de mes 4 litres d’eau, mon sac avoisine facilement les 22 kilos. Je suis emmitouflée comme jamais prête à affronter ce temps de chien.

 

La visibilité est vraiment moyenne et plus je prends de l’altitude plus je marche les pieds dans la neige. Clairement, je ne m’arrêterai pas ici pour bivouaquer. Je continue de marcher en espérant perdre un peu d’altitude (c’est là que je me dis que j’ai loupé quelque chose dans ma préparation car je me rends seulement compte que non je vais rester à cette altitude voir monter encore un peu plus pendant au moins 100 km …).

 

Le mot Highlands prend donc tout ce sens. Moi qui pensais me faire une petite traversée estivale dans le désert en lisant différents blogs, j’ai plus l’impression de traverser le pays voisin : le Groenland !

 

La neige est de plus en plus présente, les flocons de plus en plus gros et le vent se lève un peu plus. Aucune météo n’indique une amélioration avant deux jours. Si je continue cela signifie donc que je vais passer encore deux jours dans cet immense désert blanc.

 

Traversée de l’Islande : les aléas météo me poussent à faire demi tour une première fois

 

Deux solutions s’offrent à moi compte tenu de ma situation. Je n’ai pas un équipement adapté. Mes gants coupe-vent sont troués, mon pantalon n’est pas waterproof, mes chaussures ne sont pas entièrement waterproof non plus, mon GPS n’est autre que mon téléphone, je n’ai pas de PLB (balise de secours). Bien que mon sac de couchage ait une température confort de -7 degrés, mon matelas ne m’isole pas suffisamment du froid. Par contre, je me trimballe un panneau solaire de 400 grammes et un maillot de bain …

 

Je souris en faisant le point sur ma situation. Je ne m’étais tellement pas préparé pour ces conditions, je me prends une grosse claque !

 

Mes deux solutions sont donc : continuer et marcher 10, 12, 15 heures par jour sans prendre trop de pause (car je refroidis trop vite avec l’humidité). Installer ma tente pour me reposer tant bien que mal pendant quelques heures et repartir. Et tout cela en espérant ne pas me perdre.

Ou alors je fais demi-tour …

 

Il y aurait bien eu une autre solution c’était d’attendre une petite semaine ou plus et espérer une accalmie … Mais ce n’est plus possible car j’ai décidé de faire mon stage d’alpinisme (et à l’heure où j’écris ces lignes, je suis très heureuse d’y avoir participé).

 

Ma raison a choisi pour moi, je suis dégoutée mais je fais demi tour. Moi qui prévoyais ce voyage depuis des mois. l’égo en prend forcément un coup. Alors que je rebrousse chemin, la visibilité est encore plus mauvaise. J’arrive au refuge trempée, je me dépêche alors de mettre mon pyjama. La veille, j’avais repéré une paire de grosses chaussettes en laine probablement oubliées par une précédente personne. Je m’approche de plus près pour les sentir … Elles sentent la lessive, il ne m’en faudra pas plus pour me décider à les enfiler.

 

Quatrième jour en islande, je décide de faire demi tour une première fois

Je me réveille vers 4 heures du matin en espérant un miracle, un rayon de soleil. Je sors la tête du duvet et regarde par la fenêtre : de la neige tout autour du refuge !

 

Rebrousser chemin est dur moralement mais aussi physiquement. Je n’ai plus le vent dans le dos mais bien de face. Avec la neige et le vent, je suis vite trempée et mon téléphone prend l’eau. Je suis tellement triste et je m’en veux de ne pas avoir su prévoir ces aléas. 

 

Je retrouve le refuge Botni et je reprends mon rituel habituel : j’enfile mes vêtements secs, je me couvre de mon Panyam (mon sac de couchage) et je me prépare une boisson chaude. J’ai très peu d’appétit depuis que j’ai commencé à marcher mais cet après midi je me fais plaisir, je goûte à une mousse au chocolat et j’entame ma tablette de chocolat. Rien de mieux pour se réconforter. 

 

Je passe l’après midi à feuilleter un livre de randonnée qui cite plusieurs treks sympas à faire en Islande. Je note plusieurs idées dont un circuit de plusieurs jours dans le sud. 

 

Vers 17h, j’entends des voix à l’extérieur. Je me demande alors si je ne suis pas en train de rêver et je sors dehors pour vérifier. Je fais alors la rencontre de Marcello et Claudio deux brésiliens qui comptent également faire la traversée. Ils me demandent des informations pour la suite et semblent un peu perdus. Je leur montre alors quelques photos et les préviens qu’aller à Askja aujourd’hui ou demain est vraiment risqué.

 

Marcello est en contact avec une personne locale via Whatsapp qui lui avait déconseillé de continuer. Il me dit également que durant les jours précédents deux personnes se sont faites secourir par hélicoptère. Claudio souhaite continuer et les deux ont l’air d’avoir du mal à s’accorder. Finalement, ils décident de faire demi-tour et passent la nuit dans le refuge avec moi.

Back in the game, je tente ma chance une dernière fois pour la traversée de l’Islande du nord au sud en complète autonomie, jour 5

Je me réveille à 3h du matin tout naturellement et quelque chose me frappe alors. De la lumière traverse la pièce ! Je sors dehors pour aller admirer le spectacle : c’est la première fois que je vois le soleil depuis mon arrivée. Quel paradoxe quand l’on sait que le soleil ne se couche jamais à cette période de l’année ! Les couleurs sont magnifiques, je regarde au loin le chemin parcouru la veille. Je fais un point météo en allant me percher sur une petite colline de lave. 

 

Brouillard et neige aujourd’hui sur Askja mais cela semble s’améliorer demain … Si je n’y retourne pas ne serait-ce que pour me confronter à un mur, je le regretterai !

Je retourne dans le refuge et j’annonce aux deux brésiliens que je pars pour Dyngjufell tout de suite. Ils décident alors de faire de même en me disant que je serai leur guide … (la bonne blague !).

 

J’emprunte donc une troisième fois le même chemin ! Les éclaircies ne durent pas et la pluie est au programme pour le reste de la journée.

 

Je passe l’après midi à manger, me reposer et discuter avec les brésiliens. Il est fort probable que je parte encore de très bonne heure demain si le soleil fait son apparition.

Jour 6 : l’art d’échouer et mon abandon dans ce voyage seule en islande

Je me réveille vers 4h la pluie a cessé et le ciel commence à se dégager. Je prends le temps de manger un bon petit déjeuner et je prépare mes affaires pour partir. Nous partons donc tous les trois en direction du campement de Dreki en passant par le volcan Askja.

 

La montée est très graduelle et douce, j’avance donc sans difficulté avec mon rythme habituel : lentement mais sûrement. Je me retourne sans cesse pour admirer la vue. Au loin, je peux voir le lac Myvatn, “l’Uluru”, le chemin parcouru ces derniers jours. Le paysage commence à avoir de plus en plus de relief et je suis entourée de sommets enneigés. Très vite, j’évolue de plus en plus lentement dans la neige. 

 

Arrivés à la caldeira d’ Askja, j’aperçois son lac en contrebas. Le volcan n’a rien d’un volcan aujourd’hui car un épais manteau neigeux le recouvre. Le ciel s’assombrit et au loin je remarque quelques nuages menaçants. Je n’ai pas envie de traîner ici. Petit point sur la carte et je vise un point qui me semble être en direction du campement Dreki qui est au pied du volcan.  

 

Marcher dans le volcan Askja recouvert de neige

 

La descente dans le volcan est plutôt fun, il y a énormément de neige, je m’enfonce par endroit jusqu’aux cuisses mais je peux juste m’élancer, courir et me laisser aller. Il ne reste plus qu’à traverser dans l’immense caldeira. Cela prend beaucoup plus de temps que ce que j’imaginais. Il y a plus de chemin, j’avance donc en direction de mon point imaginaire. Les deux brésiliens qui étaient bien bavards il y a encore quelques minutes se sont tus. 

 

Je sens une certaine pression s’installer et ils marchent de plus en plus au ralenti me laissant prendre les devants. De mon côté, j’accélère le pas. Je sais que la météo peut changer en un claquement de doigts et je n’ai pas envi de me retrouver dans cette immensité blanche sans chemin. D’ailleurs, nous croisons des traces de pas qui vont dans toutes les directions, je suspecte que quelqu’un se soit perdu ici il y a quelques jours (c’était bien le cas la veille).

 

Et puis il faut dire que marcher DANS un volcan c’est quand même très étrange et le moindre petit bruit m’interpelle. Par exemple, j’entends à intervalle régulier des gros “scroutch” sur la neige, je mets un moment à comprendre d’où venait ce bruit ! Je suis sur un terrain plat, ce n’est donc pas le bruit d’une possible avalanche. En fait, je réalise que c”est tout simplement le bruit du vent sur la neige.

 

 

Vient le moment où je crois apercevoir une maison au loin … Je ne suis pas sûre mais on dirait vraiment qu’il y a quelque chose là bas au loin … Je marche, je marche et ma vue ne m’a pas trahi, il y a bel et bien des bâtiments. Ce sont les toilettes et le parking à côté du lac Viti. La route reprend ici et je suis bien soulagée d’avoir traversé le volcan dans ces conditions. 

 

Nous prenons une pause car cela fait 6 heures que nous marchons quasi non stop. Les Brésiliens sont rincés et me surnomme “The Beast” car je marche sans m’arrêter avec mon énorme sac à dos. Je prends le compliment sans broncher et suis plutôt fière de me sentir plus en forme que deux hommes assez sportifs !

 

Il fait vraiment froid là haut et je mange un morceau rapidement. Je redescends seule et la pluie fait son grand retour, quel timing encore une fois ! La route est partiellement déblayée et je marche au milieu de murs de neige / glace, c’est assez impressionnant. On dirait que je suis sur une route empruntée par des tanks de l’armée … Une heure plus tard, j’entends un bruit qui sort de nulle part … un moteur ! Ce n’est pas un tank mais un énorme bus 4×4 qui arrive dans ma direction. Il pleut, j’ai le vent de face, je lève la tête et fais un coucou au chauffeur qui amène des touristes sur le parking du lac de Viti. Ils n’ont pas choisi leur journée !

 

La descente est vraiment pénible. Je suis complètement trempée et j’ai beau marcher vite, je n’arrive pas à me réchauffer. J’ai froid de l’intérieur et cela me rappelle les bains froids. 

 

Dreki, le campement qui marche la fin de ma traversée à pied en solo

 

Enfin après deux bonnes heures, le campement de Dreki se dessine au loin. Je ne sais pas encore si je vais dormir ici ce soir ou continuer … J’ai froid et je risque de ne pas trouver beaucoup d’eau ces prochains jours. Je me fais interpeller par les gardes du parc national. Elle me demande d’où je viens et quels sont mes plans. 

 

Elle me met rapidement en garde et souhaite que je revienne avec les autres personnes qui souhaitent continuer la traversée en direction de Niudalur. Je rencontre donc Jonathan qui a frisé l’hypothermie la veille en se perdant dans la caldeira d’ Askja avec une autre personne. Je fais également la connaissance de Milika, serbe, qui avait pour projet de rejoindre les deux brésiliens pour continuer la traversée avec eux. 

 

Jonathan me semble assez dégourdi et préparé, il comptait faire demi tour s’il était seul mais me dit que si je souhaite continuer alors nous pouvons y aller ensemble. Une fois que les brésiliens sont arrivés, nous allons tous les 5 prendre des informations auprès de la garde. 

 

Nous avons potentiellement deux jours de “beau temps” grand maximum avant que la pluie et le froid reviennent de plus belle. Les routes F sont toujours fermées, il n’y a pas de réseau et très peu de refuge sur le chemin. Il y a encore beaucoup de neige et je dois encore monter en altitude. Trois personnes ont été secourues ces derniers jours. Beaucoup de paramètres peu engageants. 

 

En faisant mes calculs, il faut désormais que je marche plus de 40 kilomètres par jour pour finir mon périple dans les temps. Cette partie dans les Highland n’a pas grand intérêt et est plus risquée, mon idée est donc de tracer le plus vite possible. Seulement avec de la neige sur le chemin et la météo aussi instable, je ne me vois pas réussir à marcher 40 ou 50 kilomètres par jour. 

 

C’est le moment de dire stop pour de bon. Je suis allée au bout de mon possible. Avec du temps, un équipement adapté et un PLB j’y serai allée. Ce n’est pas le cas. Tout le monde renonce et nous nous retrouvons à prendre le bus 4×4 en direction de Myvatn pour la modique somme de 100 euros … les 100 kilomètres !

 

J’arrive le soir à Myvatn avec le moral dans les chaussettes. Je me sens vraiment nulle et frustrée. Je n’ai pas la motivation pour faire du stop ou prendre quelconque décision ce soir, alors je vais au camping au bord du lac avec les brésiliens et Milika. Je tente tant bien que mal de me remonter le moral en allant faire quelques courses : des raviolis, du parmesan et des blueberries … C’est en n’étant incapable de finir l’assiette de pâtes que je réalise que vraiment, je ne suis pas bien. 

 

Je me couche dépitée en me disant que la nuit me portera conseil. 

Conclusion sur ma tentative de traverser l’Islande à pied de Myvatn à Skogar

Et bien une chose est sûre c’est que rien ne s’est passé comme prévu. Moi qui me vente de mes qualités d’organisatrice et de débrouillardise, je n’avais pas du tout anticipé ces aléas météo. L’Islande m’a offert une belle leçon d’humilité.

 

Je suis super fière d’avoir entrepris ce voyage seule. J’ai su m’adapter et rebondir (même si les premiers jours après mon abandon n’ont pas été faciles moralement). 

 

Mon voyage à pied en Islande ne s’est pas terminé après Askja, je suis en effet partie dans le sud où je peux déjà vous dire que j’en ai pris pleins les yeux !

 

La suite dans un prochain article, à très vite !

 

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1 commentaire

Gly 18/07/2022 - 05:58

Quelle belle immersion dans ces conditions si éprouvantes !
On sent le poids et les enjeux de la réflexion qui s’impose lorsque on se rend compte du courage necessaire au renoncement.

BRAVO!

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